Vélo Santé : Bernard Hausser, de l’Amicale des Cardiaques Cyclos plaide à mieux se connaître

C’est à la faveur d’un clic, que j’ai découvert il y a douzaine d’années notre Amicale qui depuis me tient tant à cœur et que nous appelons tous plus communément l’A.C.C. Même si après ma sortie du centre de réadaptation cardiaque de Strasbourg, mon cardiologue m’avait pleinement rassuré quant à mes capacités physiques à pouvoir remonter sur un vélo, ce n’est pas pour autant que j’étais prêt dans ma tête à entreprendre à nouveau de longues chevauchées solitaires dans les Vosges, sorties si souvent entrecoupées de cols, que depuis j’ai eu l’occasion de vous faire connaitre lors de vos séjours en Alsace.


Clairement il m’en fallait beaucoup plus pour pouvoir repartir à vélo comme avant ! Il faut bien que je vous l’avoue, dans un premier temps mes sorties à vélo se limitèrent à quelques balades hésitantes le long du canal de la Marne au Rhin, passées aux cotés de Dominique à surveiller probablement d’une façon un peu trop obsessionnelle le va et vient de ma fréquence cardiaque, qui défilait sur mon Polar. Même la perspective de devoir appuyer un peu plus sur les pédales, lorsqu’il fallait passer la pente d’une écluse devenait une source d’inquiétude, alors que cela n’interférait en rien sur ma fréquence cardiaque. C’était un peu comme s’il fallait apprendre à marcher sur des œufs, alors que mes médecins n’ont cessé de m’encourager à reprendre d’une façon sereine l’effort physique, mais certes avec modération!


Qu’il est difficile après un infarctus du myocarde, qui plus est lorsqu’on est un Saint Thomas comme moi de retrouver d’abord pleinement sa confiance en soi et puis par la suite de remonter à nouveau sur ce qui fut, quoiqu’on en dise l’arme du crime, quelques semaines auparavant dans les derniers lacets du col de l’Izoard. Il
est vrai que ce jour-là, j’ai eu beaucoup chance en redescendant à vélo à Briançon en pleine crise cardiaque, persuadé qu’après mon test à l’effort daté d’une dizaine de jours auparavant, plus rien de cet ordre-là ne pouvait m’arriver. Au point qu’une fois rentré jusqu’à Chantemerle, je m’étais rendu seul avec ma voiture aux urgences, espérant qu’il s’agissait d’une sorte de malaise vagal, qui s’était déclenché là-haut et qui allait passer tout seul au repos.En revanche, une fois aux urgences, l’arrivée un peu précipitée de l’hélicoptère venant de l’hôpital de la Tronche à Grenoble, m’a vite persuadé du contraire.

Quelques semaines après, je ne me souviendrais jamais assez des paroles rassurantes prodiguées tant par Josiane Besset que par Pierre Lescure, qui furent mes premiers interlocuteurs à l’A.C.C., lorsque ma décision fut prise de vous contacter plutôt que de continuer à consulter tous ces sites médicaux anxiogènes, retraçant moults pathologies cardiaques. Mais ce n’est pas pour autant que j’étais prêt à affronter le lendemain les pentes du Mont Saint Odile. Il m’a encore fallu attendre le printemps prochain pour qu’enfin lors de mon premier séjour à Mirabelle Les Bacons, je prenne à l’invitation de Daniel Souzy, mon courage à deux mains pour affronter du côté de Léoncel mon premier col. Je ne saurai trop souligner l’efficacité de la valeur de l’exemple en pareille situation, qui du coup m’a permis de retrouver une complète autonomie sur mon vélo, en me libérant de tous ces blocages probablement conscients et inconscients, qui eurent surtout le don de polluer mon existence.

La pratique d’une activité physique en groupe ou en club est à la fois salutaire pour le cœur mais aussi pour le moral. Pouvoir rencontrer des personnes qui ont vécu la même chose que vous s’avère particulièrement précieux en pareille circonstance, d’autant que l’anxiété demeure un risque complémentaire supplémentaire de complications des maladies cardiaques. Plus que jamais, je demeure persuadé que l’A.C.C a facilité l’acceptation de mes soucis cardiaques, au point de les transformer en un élément acceptable et parfaitement gérable dans mon existence, dont ne découlent aujourd’hui que de bons souvenirs. Que de régions et de nouveaux horizons découverts à vélo depuis ces douze années passées à l’A.C.C., qui certainement me serait encore aujourd’hui inconnus ? Que nouveaux amis rencontrés en rejoignant l’A.C.C et que de bons moments partagés avec eux ?

Il s’avère que trop souvent nous sommes nous-mêmes notre pire ennemi. Très fréquemment c’est la manière d’envisager la réalité des choses auxquelles nous sommes confrontés qui nous empêche d’avancer. Alors un grand merci à vous tous, qui m’avez permis de dépasser la perception de cette réalité, que l’on nomme
pudiquement l’accident cardiaque et de pouvoir grâce à vous, continuer à prendre toujours autant plaisir à pédaler.


Bernard Hausser
Délégué régional Alsace-Lorraine.

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